TEST 15 JOURS

“Nos propositions pour une presse robuste, indépendante et plurielle”

Cécile Dubois et Laurent Mauriac, co-présidents du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), qui fédère 260 éditeurs médias indépendants, soit 320 titres de presse, présentent, dans le cadre du débat public lié à la campagne présidentielle, plusieurs pistes pour transformer la gestion et le fonctionnement des médias, notamment une refonte en profondeur des aides à la presse et la création d’un Centre national de la presse.

Par Contribution externe. Publié le 16 février 2022 à 15h23 - Mis à jour le 16 février 2022 à 15h23

La révolution internet a profondément transformé les conditions de développement de la presse d’information. Si l’apparente facilité d’accès au web a permis l’éclosion de médias aux concepts innovants, elle a aussi fragilisé une partie du modèle économique traditionnel de la presse en faisant chuter ses revenus publicitaires en raison de l’inventaire exponentiel proposé en ligne,, intermédié par quelques plateformes hégémoniques. 

La démocratie ne peut exister sans une presse robuste, indépendante et plurielle. Or, dans cette jungle du contenu, le pluralisme pourrait n’être plus qu’une apparence si l’audience ne se concentre que sur quelques acteurs.

À l’occasion de la campagne pour l’élection présidentielle, et en tant que co-présidents du Spiil, qui fédère 260 éditeurs, nous partageons ici quatre principales propositions.

1. Créer un Centre national de la presse

Le Spiil ne peut que constater la fragilité croissante et la désunion du secteur de la presse et invite à dresser un bilan de l’intervention de l’État dans le secteur : inefficacité des mécanismes d’aides, dispositifs manquant de transparence, ou encore absence d’analyses d’impact.

Pour répondre à ces enjeux, le Spiil propose de fédérer la profession autour d’un Centre national de la presse et des médias. Sous forme d’établissement public à l’instar du Centre national de la musique ou celui du Cinéma, il endosserait un rôle opérationnel et prospectif. Le Centre national de la presse constituerait un espace de débat et d’arbitrage. Il s’agirait d’un organe professionnel indépendant, compétent, neutre, émanant de l’État, mais incluant tous les acteurs au sein des ses instances, à la fois l’État et les associations professionnelles.

Cette structure aurait pour mission de coordonner les politiques de soutien public à la presse, de publier des études régulières sur le secteur (qui manque cruellement de données en temps réel sur les usages comme sur son économie), et d’assurer la collecte et la diffusion des informations auprès des professionnels et du grand public sur les enjeux du secteur : désinformation, environnement, pluralisme, etc. Elle aurait également pour mission de servir de lieu de formation permanente pour encourager l’innovation, de soutenir la cohésion sociale du secteur (insertion des journalistes, précarité des pigistes, etc.) et de gérer le versement des aides publiques. 

Ce Centre national de la presse pourrait ainsi servir d’observatoire sur les évolutions du secteur et de lieu d’échange entre acteurs du secteur pour répondre aux défis communs comme le rapport aux plateformes numériques, la lutte contre la désinformation ou les atteintes à la liberté de la presse.

2. Inscrire la liberté de la presse dans la Constitution

La liberté de la presse est un droit fondamental dans une démocratie. Or, aussi surprenant que celà puisse paraître,  la liberté de la presse en France ne fait pas partie des droits fondamentaux définis dans la Constitution et ne bénéficie pas de la protection suprême accordée par ce texte. 

Alors que la loi de 1881, relative à la liberté de la presse, a été grignotée à plusieurs reprises ces dernières années, le Spiil demande aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager à faire reconnaître la liberté de la presse comme principe constitutionnel, s’ils sont élus. 

3. Pour un big-bang des aides à la presse

Depuis son premier jour, le Spiil défend la neutralité des supports de presse, qu’il s’agisse des taxes, des aides ou de l’accès aux marchés réglementés. En 2020 pourtant, le montant des aides aux médias imprimés est toujours disproportionné par rapport aux médias numériques, et plusieurs types d’aides restent réservées au papier. En effet, dans son panorama des aides à la presse publié fin 2021, le Spiil constate que le papier capte 92 % du total des aides à la presse et que leur montant est concentré sur un petit nombre d’acteurs (9 groupes cumulent 61% des aides directes).

Si une aide au pluralisme pour la presse en ligne entre en vigueur cette année, l’aide à la diffusion reste intégralement consacrée à l’imprimé alors que les enjeux de la diffusion numérique sont cruciaux pour l’indépendance de la presse vis-à-vis des plateformes. 

Le Spiil préconise une refonte globale des aides à la presse, autour de cinq idées :

  • Neutralité des supports : les aides ne doivent privilégier aucun support.
  • Évaluation : mise en place d’indicateurs de performance des aides à la presse sur le pluralisme de l’information. 
  • Renforcement des aides indirectes et diminution des aides directes.
  • Proportionnalité selon l’usage : les aides doivent être attribuées en fonction de leur impact sur le pluralisme.
  • Déontologie : le Spiil souhaite que l’attribution des aides soit conditionnée à l’application de la loi, notamment sur la séparation entre contenus rédactionnels et publicitaires.

4.  Augmenter les moyens face à la désinformation

La désinformation et la propagation de fausses informations constituent un véritable danger pour la démocratie et ne font que renforcer la défiance des citoyens vis-à-vis des institutions. 

Le Spiil estime que pour recréer les conditions d’un débat démocratique sain, les réponses reposent sur un investissement massif dans l’éducation aux médias et à la citoyenneté et un engagement des plateformes en faveur de la transparence. Nous souhaitons par exemple que les plateformes aient pour obligation de donner la possibilité à leurs utilisateurs de régler un paramètre pour être confrontés à des opinions variées et ne pas être enfermés dans des bulles de filtres.

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Par Cécile Dubois et Laurent Mauriac
co-présidents du Spiil

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